- Depuis 2013, Jérôme Bagnoud préside le club en fauteuil roulant du Valais romand. (© DR)
Président du club en fauteuil roulant du Valais romand, Jérôme Bagnoud a été sacré « paraplégique suisse de l’année » ce samedi soir. Portrait d’un travailleur acharné, que la pratique sportive n’a jamais quitté.
Il aurait selon lui pu être nommé « râleur de l’année ». Mais Jérôme Bagnoud fut finalement consacré « paraplégique suisse de l’année », samedi soir à Nottwil. Derrière la pointe d’humour se cachait tout de même une grande émotion. Car celui qui se décrit comme un travailleur de l’ombre abat un travail titanesque en tant que président du club en fauteuil roulant du Valais romand. « J’en suis à environ 400 heures de bénévolat chaque année », témoigne le lauréat d’un titre décerné pour la 33e fois, 33 ans après l’accident qui a changé sa vie. Après avoir frôlé la mort et passé trois mois alité en raison d’un accident de moto, Jérôme Bagnoud a entamé une longue rééducation à Genève. Sortir de son lit, rejoindre son fauteuil, se doucher, s’habiller ou encore écrire de la main gauche après avoir perdu l’usage de son bras droit… Il a dû réapprendre les gestes les plus élémentaires.
« Mon but ultime, c’était de pouvoir me débrouiller tout seul pour les actes de la vie quotidienne. » Le chemin fut long, difficile, mais étape par étape, le Valaisan de 63 ans a su traverser plusieurs épreuves, dont celle d’affronter le regard des autres. « Avec le handicap, on est directement mis dans une case. Mais je l’ai accepté quand j’ai finalement réussi à avoir un regard positif sur moi-même. »
Le sport comme moyen d’intégration
L’enjeu du résident de Chamoson est justement de faire comprendre qu’une personne en situation de handicap reste une personne avec ses compétences, ses envies, son métier, ses relations et sa place dans la société. C’est cette conviction qui nourrit son engagement au sein du Club en fauteuil roulant du Valais romand. Plutôt que de chercher l’exploit individuel, le paraplégique suisse de l’année mise sur la force du collectif. Les quelque 250 membres du club peuvent compter sur des activités, des ateliers, des sorties... Et le sport joue notamment un rôle central. Les personnes tétraplégiques ou paraplégiques sont intégrées dans des clubs de personnes valides, comme à Martigny pour le basket. Jérôme Bagnoud, lui-même, pratique l’escrime. « On me dit parfois que je suis courageux d’en faire. Mais moi, je le fais par pur plaisir. S’il me fallait du courage pour faire un sport, je n’en ferais pas… » Une manière de rappeler que le handicap ne doit pas transformer chaque activité en exploit héroïque.
Maintenant vainqueur d’un prix prestigieux, le paraplégique hyperactif rassure : il ne souhaite pas se reposer sur ses lauriers. Bien qu’il ne soit pas contre remettre sa présidence du club en fauteuil roulant du Valais romand après 13 ans d'activité, Jérôme Bagnoud n’est pas dans l’urgence de devoir se trouver un successeur. Il se permettra même ces prochains jours de profiter de son prix, la lumière qui est venue couronner le travailleur de l’ombre.
Thierry Nicolet










































