- Dorsan Lepour et Marc-Henri Udressy sont à la montagne comme dans leur jardin. Crédit : Radio Chablais
Aucun sommet alpin ne résiste à ce jeune pèlerin des Alpes de 28 ans. Début août, Dorsan Lepour, valaisan d’origine belge, achèvera sa quête des 82 « 4'000 » d'Europe, ces cimes mythiques réparties entre la Suisse, la France et l’Italie.
Au départ de l’Almagellerhütte dans le Val de Saas, encore engourdie par la pénombre, il s'élancera avec une vingtaine d'amis vers son dernier objectif : le Weissmies perché à 4’017 m d’altitude. Cette sortie marquera l’aboutissement d’une aventure initiée il y a cinq ans, lors de son arrivée en Valais, avec une première sortie en solo sur la redoutable et hivernale Dent Blanche. «J'ai grandi en Belgique et chaque année, toute ma famille se rendait en Valais pour s'extirper du plat pays. Il est rapidement devenu évident que je ferais un jour de cette région ma maison», se remémore le mordu de grand air.
« Ma conquête des sommets a débuté avec la Dent Blanche en solo. »
Ouvrir les portes de la haute montagne aux profanes est une manière pour cet alpiniste de marquer l'aboutissement d'un cheminement autant physique qu’humain et intérieur. «Les gens terminent souvent avec les sommets les plus compliqués. Moi c’est le contraire, je souhaite que cette ultime ascension rassemble autour d’une passion commune dans mon Valais que j'aime tant». Pour clôturer cette conquête, une trentaine de proches dormiront en cabane du 2 au 3 août 2026. «Le plus jeune a 4 ans, le plus vieux, mon papa, 62», se réjouit-il.
Une ascension au rythme des amitiés
Une épopée partagée depuis 2023 avec l’un de ses fidèles compagnons de cordée, le Chorgue Marc-Henri Udressy lors de quatre excursions inoubliables au Mont Blanc, au Dom des Mischabel, à l'Aiguille de Bionnassay et au Dôme du Goûter. C'est au pied des remparts de l'imposant Château de Tourbillon que les deux acolytes, aujourd'hui colocataires à Vex, reviennent sur ce périple et leur amitié. «Marc-Henri représente un roc de tous les instants. Sur la parole de cet homme, on peut bâtir une cathédrale», assure Dorsan Lepour sans une hésitation. «Je suis en montagne comme dans mon jardin», confirme le natif de Troistorrents, rencontré fortuitement dans une cabane des Alpes bernoises. «J’ai toujours été passionné par la découverte des cimes, une fascination que je cultive depuis 12 ans grâce à l'alpinisme».
« Sur la parole de Marc-Henri, on peut bâtir une cathédrale. »
Leur meilleur souvenir ensemble ? L'ascension du Dom des Mischabel, le plus haut sommet entièrement situé en Suisse à 4'545 m, en ski à "la journée" depuis Randa. «Malgré notre départ à 23h34, Dorsan a chantonné jusqu'à la cabane, alors que j'avais besoin de silence», sourit Marc-Henri Udressy. Malgré des vents violents, le binôme tient bon et se résigne à passer par la voie normale plutôt que par la face ouest, plus dangereuse. «Arrivé à cette magnifique croix sommitale, on a été accueillis par un calme absolu.» Une accalmie qui leur permit dans un second temps d'accéder à cet itinéraire ouest moins couru et tant convoité. Une chance inouïe.
Une montagne de plus en plus mortelle
En haute altitude, faire le choix de la sécurité n'est pas toujours évident. Renoncer à un passage ou à un objectif peut être ardu lorsque l’appel sommital se fait pressant. «Des phrases aident beaucoup à prendre des décisions rationnelles et à mettre sa témérité de côté», analyse et révise Dorsan Lepour : «Mieux vaut faire demi-tour que de mettre ses compagnons de cordée à risque en voulant forcer le destin.» Cette gestion du danger est rendue d'autant plus difficile par le changement climatique qui touche durement les Alpes. «Des itinéraires réalisables voilà une décennie ne se pratiquent désormais plus. Avec la fonte du permafrost, le péril s'accroît, les chutes de pierres sont plus fréquentes», confirme Marc-Henri Udressy.
« Il y a vraiment un déchirement à voir s’éloigner quelque chose que l’on chérit. »
«En cinq ans de pratique, j’ai été le témoin impuissant du retrait des glaciers, de la baisse de l’enneigement. Nous sommes amenés à mieux planifier nos sorties car les fenêtres d'accès sont plus courtes. En ski alpinisme, on n’a plus du tout les mêmes possibilités.», s'attriste le Bruxellois. Une métamorphose de l'environnement vécue comme un deuil par ces deux montagnards qui mettent un point d'honneur à privilégier la mobilité douce, le stop et le covoiturage pour se rendre sur site. «Ces moments passés là-haut sont précieux car ils seront de plus en plus rares. Il y a vraiment un déchirement à voir s’éloigner quelque chose que l’on chérit.»
Une peine écologique d'autant plus vive que le milieu alpin tient une place importante dans la vie spirituelle du Valaisan d'adoption. « Passer du temps là-haut déploie ma foi. Gratien Volluz, un chanoine du Simplon, également guide, disparu lors d'une course en 1966 à 37 ans, disait : "La montagne est un terrain qui élève l’être humain et qui nourrit son désir d’ascension intérieure."»
L’ascension des 4'000 de l’alpiniste Dorsan Lepour a donné naissance à un site internet, véritable guide digital interactif composé de récits, de photos et d’informations techniques (traces GPS) sur les différents sommets. La plateforme, nommée laquetedes4000.com, peut être utilisée librement pour préparer ses propres sorties.
Retrouvez l'entretien complet des alpinistes Dorsan Lepour et Marc-Henri Udressy :
Antoni Da Campo











































