- Crédit : Radio Chablais
Avec l’arrivée du printemps, une centaine de moutons et d’agneaux broutent paisiblement sur les hauts de Vevey. Tout proche, Léa Mégali, une bergère des temps modernes, veille avec son Border collie sur le troupeau.
Biologiste de métier au Parc Naturel Régional Gruyère Pays-d’Enhaut depuis 10 ans, elle s’est reconvertie dans l’agriculture en 2023 et vit de sa passion à temps partiel, soit un 20 % combiné à celui de son associé. Aujourd’hui à la tête de la Bergerie de la Riviera, elle élève les petits ruminants frisés sur neuf hectares et produit près de 1’000 kg de viande locale, dans le respect de la biodiversité et du bien-être animal. Une vocation qu’elle a développée au gré des étés passés dans les alpages ou des fermes locales « en mettant la main à la pâte ».
Une tendance de fond partout en Europe
Troquer son bureau chauffé pour des bottes de travail est un changement de vie radical qui porte un nom : "la néo-paysannerie". En France, en Italie ou en Suisse, le phénomène voit de nombreux citadins, souvent diplômés de hautes études et non descendants d'agriculteurs, entamer une reconversion professionnelle dans le secteur primaire et créer leur propre entreprise agricole. Malgré la difficulté physique du métier, notamment lors des foins, et parfois peu rémunérateur, Léa Mégali ne regrette pas son choix. « J’avais vraiment besoin de revenir à du concret, de retrouver l’essentiel à travers une activité pleine de sens. Je suis épanouie auprès de mes bêtes ».
Un retour à la terre salvateur pour notre pays qui voit disparaître chaque jour deux fermes. C’est une par semaine dans le canton de Vaud et près de 800 par année au niveau Suisse selon l'Office fédérale de la Statistique. Sans famille paysanne, la Veveysanne incarne la nouvelle relève qui ose se lancer des défis en reprenant une partie du cheptel d’un paysan sur le départ. "Malgré une année de formation puis douze mois à temps partiel dans une exploitation de moutons à Bière, on a débuté notre élevage à tâtons. Le vivant est complexe, on en découvre tous les jours. C'est ça qui est passionnant."
Un métier en faveur de la durabilité
En faisant paître ses ovins tout l’été dans un cadre idyllique, Léa Mégali a le sentiment de mettre en pratique ses idéaux de biologiste, à savoir la défense des écosystèmes et de l’alimentation durable. « Alors que 60% de la viande d’agneau consommée en Suisse provient de l’étranger, mes bêtes transforment l’herbe de grandes parcelles non-cultivables en viande saine, locale et riche en nutriments. C’est bénéfique pour l’environnement comme pour la population et ça participe au maintien de paysages variés », explique-t-elle. Dans une démarche d’économie circulaire et de circuits courts, Léa Mégali valorise ses animaux dans leur intégralité grâce à la vente directe de viande, de laine ou encore de peau tannée. « Mes clients, restaurateurs comme privés, apprécient de savoir que je mets un point d’honneur au bien-être animal. Je suis au plus près de mes moutons, de la naissance à la mort. »
Interview complète avec Léa Mégali :
Antoni Da Campo









































