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Orages, grêle et fortes chaleurs mettent à mal les récoltes automnales dans le Chablais

Orages, grêle et fortes chaleurs mettent à mal les récoltes automnales dans le Chablais
  • François Buche, agriculteur et propriétaire du Moulin du Chêne aux Evouettes ne s’en sort pas si mal, contrairement à la majorité de ses confrères. Crédit : Radio Chablais

Sécheresse, orages, chaleurs intenses, les cultures agricoles du Chablais ont souffert cet été. Des conditions climatiques extrêmes qui ont parfois fait perdre jusqu’à la totalité de certaines productions de betteraves sucrières dans la région.

En montagne, le manque d’herbe a forcé les alpagistes à redescendre plus rapidement et à réaliser des abattages précoces. Des Évouettes, en passant par Vionnaz et Roche, la grêle a achevé de détruire une partie des champs de maïs ou de blé encore debout, entraînant un grave manque à gagner chez les exploitants. En conséquence, les rendements des récoltes afficheront cet automne une baisse oscillant entre 20 et 50 %.

Malgré les nombreux semis tardifs, l'ensilage de maïs en cours et un automne qui s'annonce pluvieux, l’ombre d’une pénurie de fourrage plane sur le Chablais. «Sans importations, on ne pourra pas nourrir tout le bétail suisse cet hiver», estime François Buche, agriculteur et propriétaire du Moulin du Chêne aux Évouettes.

La sécheresse a limité la production de fourrage en plaine. Crédit : image d'illustration

Les aléas météorologiques impactent fortement les revenus issus du dur labeur de la terre. Bien que des assurances existent à l'image de "Suisse Grêle", certains professionnels encaissent mal le coup et affichent une détresse financière. «2026 fait partie des années particulièrement difficiles. On a beau être conscients des risques et créer des réserves, la situation devient intenable pour certains confrères», s'inquiète celui qui achète et transforme les céréales produites en plaine du Rhône.

Le changement climatique rapide pousse désormais les agriculteurs à adapter leurs techniques de travail pour prévenir les périodes difficiles. «La rotation des cultures, la diversification des variétés ainsi que la sélection de plantes résistantes aux fortes températures, comme le sorgho fourrager, font partie des stratégies qui permettent de limiter les risques», détaille François Buche. Avec ses champs de blé, de colza, d'orge, d'herbage et ses vaches, ce dernier applique ce qu'il prêche sur ses 50 hectares de surface agricole.

Cet été, les excellentes nappes phréatiques qui irriguent ses terres lui ont permis de surmonter les chaleurs, et s'il a été durement frappé par la grêle, ses rendements annuels sont à l'équilibre. Il rappelle que la connaissance des sols est cruciale pour ajuster son travail quotidien. 

Le Moulin du Chêne est devenu un centre collecteur qui trie, sèche et stocke les céréales de la région. Crédit : Agriculturedurable.ch

Malgré la production suisse restreinte, les paysans locaux peinent à écouler leurs céréales à bon prix, concurrencées par les importations européennes moins coûteuses qui remplissent les stocks nationaux. «La majorité du colza consommé en Suisse n'est plus produit chez nous.» 

Longtemps protégée du marché libre par la Confédération, l'agriculture suisse est sous tension dans un contexte de surplus de denrées agricoles. François Buche déplore l'inertie du système helvétique face à la volatilité de la conjoncture. «La cherté du franc face à l'euro, couplée aux prix frontaliers très bas, rend les produits étrangers très attractifs pour nos entreprises», explique-t-il, «Les taxations douanières sont devenues insuffisantes et inefficaces». Il appelle de ses voeux des mises à jour réglementaires et des contrôles plus réguliers des importations. 

En dépit des épreuves, l’agriculteur François Buche demeure optimiste pour son métier. Il défend la préservation du savoir-faire agricole, prône l'autosuffisance alimentaire de la Suisse et le respect des traditions. En ce sens, il appelle à rejeter l'initiative populaire fédérale  "Pour une alimentation sûre" qui mettrait en péril la production laitière et de viande d'alpage.

Soumis au vote le 27 septembre 2026, le texte vise un auto-approvisionnement de 70% d'ici 10 ans, en substituant la production d'oeufs, de lait et de viande par des denrées végétales. «Les pâturages alpins, où broutent actuellement nos vaches et nos chèvres, ne permettront pas de cultiver demain du blé ou du maïs. Nous allons perdre le peu de zones agricoles qu'il nous reste.» 

Antoni Da Campo

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