- Il y a 12 ans, le docteur Nicolas Kirchner a été la cheville ouvrière de la Maison de Santé de Collombey. Crédit : Radio Chablais
En Suisse, 75% des médecins constatent une pénurie de généralistes dans leur région selon une enquête de 2025, alors que plus d’un tiers des professionnels partiront à la retraite d’ici quatre ans, aggravant ainsi le manque.
Il n'est pas rare d'entendre qu'une personne peine à trouver un praticien de famille. Pourtant, avec près d’un médecin pour 1'000 habitants, le Chablais ne souffre pas d’un déficit de docteurs de proximité et fait figure d’exception dans un contexte tendu en matière de soins médicaux. «Grosso modo, nous avons 45 cabinets côté Valais, c'est suffisant. Nous revenons de loin, il y a une décennie, ils étaient deux fois moins nombreux», détaille le médecin de famille Nicolas Kirchner, président de la Société Médicale du Valais et du Groupement des médecins du Valais romand.
Les maisons de santé, la formule gagnante
Une amélioration qui doit tout à l’ouverture de plusieurs Maisons de Santé ces douze dernières années à Collombey, Vouvry et Saint-Maurice qui a attiré localement une relève motivée. Cheville ouvrière du premier centre collombeyroud, Nicolas Kirchner a su anticiper les besoins de la population : «Cette formule clef en main s'est révélée idéale pour remplacer nos confrères qui s'apprêtaient à passer le relais.» Certaines spécialités médicales demeurent néanmoins peu représentées dans la région, à l’image des rhumatologues. «Avec le temps, on apprend à faire sans eux, grâce aux neurochirurgiens qui prennent le relais pour les douleurs du dos», détaille-t-il.
Une formation carencée
Avec 60% des candidats refusés chaque année en études de médecine, les universités ne forment pas suffisamment les prochaines générations (3'500 à 4'000 diplômes par an) pour répondre aux besoins croissants liés au vieillissement de la population et à la hausse démographique. Conséquence : 40 % de médecins en activité proviennent de l'étranger. «Il y a urgence d'augmenter les budgets pour ouvrir les filières à davantage d'étudiants suisses et de créer des places de stage sur le terrain. Les études sont longues, souvent plus de 10 ans, il faut donc débuter maintenant», estime Nicolas Kirchner.
En Valais, un plan d'action a été approuvé en 2023 par le Parlement pour valoriser et soutenir le développement de la médecine de premier recours dans le canton. En découle directement le nouveau projet pilote de consultations en cabinet médical assurées depuis juin 2026 par des assistantes sociales. A terme, un projet de Master en médecine générale "Made in Valais" est en réflexion, alors que la création d'un Institut de médecine de famille est envisagée. A Berne, plusieurs députés demandent l'évolution du "Numerus Clausus", soit les quotas restrictifs en première année.
Prévention et interprofessionnalité au bénéfice de la santé
Le médecin collombeyroud appelle finalement à des modifications législatives pour diminuer la pression sur le corps médical. «La LAMal n'autorise pas la prévention des pathologies. Vous ne pouvez aller voir un médecin que lorsque vous êtes déjà malade. Le système de santé est fondé sur la maladie, c'est le monde à l'envers !» Pour Nicolas Kirchner, cette médecine prophylactique irait de pair avec une plus grande interprofessionnalité et l'autonomie des patients. «Si une problématique de cholestérol survient, on devrait plus rapidement faire appel à une diététicienne.»
Antoni Da Campo








































