- Le Morane D-3801 est le dernier appareil de ce type au monde à pouvoir encore voler. Il est bichonné et piloté par Laurent Calame (photo) de l'association "Morane Charly Fox", au cœur des ateliers de l'Aérodrome de Bex. © Radio Chablais
Unique survivant en état de vol de sa lignée, le Morane D-3801 « Charlie Fox » est basé à l'aérodrome de Bex. Derrière cette pièce exceptionnelle du patrimoine aéronautique se cache une histoire de passion, de sauvetage et de transmission.
À première vue, il ressemble à un avion de collection parmi d'autres. Pourtant, le Morane D-3801 « Charlie Fox », stationné à l'aérodrome de Bex, est une rareté mondiale. Construit en 1942, il est aujourd'hui le dernier exemplaire de sa famille encore capable de prendre les airs.
Issu du chasseur français Morane-Saulnier 406, l'appareil a été développé et produit sous licence en Suisse. Après avoir acquis les premiers exemplaires à la veille de la Seconde Guerre mondiale, l'armée suisse améliore le modèle d'origine. Moteur plus puissant, armement déplacé dans les ailes, modifications aérodynamiques : le D-3801 devient une version modernisée du chasseur français.
« Nous avons eu la chance d'améliorer le Morane et d'en faire la version qui aurait dû découler du côté des Français », explique Laurent Calame, membre de l'Association Morane Charlie Fox. « Pendant la deuxième guerre, nos voisins français avaient d’autres préoccupations que d’améliorer un de leurs avions »
Sauvé de justesse
Sur les quelques 360 Morane fabriqués en Suisse, seuls trois exemplaires complets subsistent aujourd'hui. Deux sont exposés dans des musées. Le troisième est celui de Bex, qui est donc le seul capable de tutoyer encore les airs.
Son existence tient presque du miracle. Retiré du service militaire à la fin des années 1950, l'appareil est installé durant plusieurs années à la piscine de Saint-Imier. Après une chute dans le bassin, il échappe de peu à la destruction grâce à l'intervention d'un passionné qui récupère la cellule et la conserve. Des décennies plus tard, trois bénévoles décident de lui redonner vie. Entre 20'000 et 30'000 heures de travail seront nécessaires avant son retour en vol en 2005. « Le fait que ce soit le seul au monde, c'est une rareté. C'est une pièce unique », souligne Laurent Calame.
Faire voler l'histoire
Aujourd'hui responsable de l'entretien de l'avion et unique pilote habilité à le faire voler, le Chablaisien consacre chaque année entre 150 et 200 heures à sa maintenance pour une quinzaine d'heures de vol, comme ce fut le cas le week-end dernier, avec un voyage de Bex à Paris, aller-retour. Un périple sans encombre qui aura duré quatre heures au totale.
Pour Laurent Calame, l'enjeu dépasse largement la technique. Faire voler le Morane permet de préserver une mémoire vivante de l'aviation. « Un avion dans un musée n'a pas d'âme. Un avion qui vole, il y a du bruit, il y a de l'odeur, c'est complètement différent », affirme-t-il. Régulièrement présenté lors de meetings aériens en Suisse et à l'étranger, le « Charlie Fox » suscite admiration et émotion. « On a souvent des Français qui nous remercient de préserver ce patrimoine », relève Laurent Calame.
À Bex, le dernier Morane volant au monde poursuit ainsi sa mission : transmettre son histoire aux générations futures, tant qu'il pourra encore quitter le sol.
L'entretien complet avec Laurent Calame :
Laurent Calame, posant devant le Morane D-3801 aux couleurs françaises, mais il s'agit bien du dernier appareil au monde de fabrication suisse encore capable de voler. © Radio Chablais
/LT









































