- Crédit : vs.ch
Le procès en première instance de l'ex-promoteur immobilier Mike Echenard s'est conclu, mercredi devant le Tribunal de Monthey. La veille, la procureure Cindy Kämpf avait plaidé pour une peine de 4 ans de prison ferme. L'avocat du prévenu a prôné le sursis.
Mike Echenard et son plus proche associé ont ainsi dû répondre, d'abus de confiance, de gestion fautive, de gestion déloyale et de blanchiment d’argent qualifié.
Le Ministère public a accusé l'ex-président du HC Red Ice Martigny (2015-2017) d’avoir détourné 11,3 millions de l’assureur Helvetia et 2,4 millions de francs du fonds de placement Tellco pour financer d’autres projets et d’autres de ses sociétés. La masse en faillite a, elle, accumulé des pertes pour 45 millions de francs. Les poursuites et les actes de défaut de bien de Mike Echenard atteignent 9 millions de francs.
Le chantier qui a tout changé
En 2014, la société Ecobois Constructions SA - l'une de ses entreprises - obtient de bâtir 96 appartements à Martigny. Principal bailleur de fonds, l’assureur Helvetia y investit quelque 27 millions de francs pour trois immeubles.
Pour le MP, le prévenu aurait progressivement prélevé 11,3 millions qu’il aurait utilisés à d'autres fins que le chantier. Selon l'acte d'accusation, il s'agirait notamment de paiements de salaires et d'autres frais de la société, de dettes issues d’autres chantiers et plusieurs projets immobiliers d’envergure. Pour le MP, une partie des fonds détournés (1,1 million) a servi à l'enrichissement personnel de Mike Echenard.
Quatre faillites
En 2015, le quadragénaire injecte des liquidités d’Ecobois SA - une de ses sociétés - dans le club de hockey martignerain (3,8 millions de francs). Une partie de l’argent utilisé, plus d’un million de francs selon le MP, provenait en réalité des fonds détournés au préjudice de l'assurance.
Surendetté, le club de hockey sur glace part en faillite en 2017, tout comme trois des sociétés du prévenu, actives dans le milieu de la construction et de l’immobilier.
Avocat d'Helvetia, Me Raphaël Dessemontet a rappelé, mercredi durant sa plaidoirie, que son mandant avait passé un accord avec Mike Echenard, celui-ci s'étant engagé à rembourser plus de 5,5 millions de francs, auprès de l'assurance. "Nous n'aurions pas pu obtenir davantage, au terme d'une longue procédure", a estimé l'avocat lausannois. "Le coaccusé, lui, ne veut pas rembourser un centime. Ce serait même une victime à qui on devrait verser de l'argent (ndlr: 4,2 millions de francs)."
Faits admis sur le fond
Devant la Cour, Mike Echenard avait confirmé mardi avoir commis des abus de confiance au préjudice d'Helvetia et du fonds d'investissement Tellco. Il avait par contre contesté avoir prélevé une partie des acomptes versés pour la construction de la villa d'un couple chablaisien pour 44'000 francs. "Mon mandant est désolé pour les ennuis subis, mais il n'y a pas matière de condamnation pénale", a estimé son avocat Simon Perroud.
Pour l'homme de loi vaudois, "mon client assume sa responsabilité. L'abus de confiance par dol éventuel est réalisé, mais il n'a utilisé aucun schéma prépensé. Il n'a pas voulu détourner d'argent, mais a cherché à réaliser tous les projets en cours." Me Simon Perroud a plaidé pour une peine assortie avec sursis. Pour l'avocat, le préjudice subi par Helvetia se monte à 8,37 millions de francs et non à 11,3 millions. Par contre, pour Me Perroud, le chef d'accusation de gestion déloyale ne tient pas. La gestion fautive, oui, mais pas les deux chefs d'accusation, selon lui. "Mon client n'est pas un criminel endurci."
"Je regrette cette situation que j'ai créée. J'ai totalement été dépassé par l'ampleur des événements. Je n'étais pas assez entouré", a répété en fin de procès, Mike Echenard.
Une vision différente
Durant sa plaidoirie, la procureure Cindy Kämpf avait estimé, mardi, que les prévenus "ont commis des fautes de gestion. Des montants astronomiques ont été détournés." La procureure avait requis 22 mois de prison avec sursis durant 3 ans pour le co-auteur, qui dit s'être "uniquement occupé de la partie technique des projets."
"Ne jugeons pas avec le recul de l'échec", a résumé son avocat Me Raphaël Balet qui a estimé que son client n'avait pas commis de gestion déloyale, d'abus de confiance ou de blanchissement. L'homme de loi a plaidé pour une peine inférieure à celle proposée par le MP.
Le verdict sera connu, jeudi à 16h00.
Keystone-ATS









































